La matinée s’est déroulée à Feyzin, et l’après-midi à Quincieux, avec au total une dizaine d’agriculteurs engagés dans la démarche.
Les échanges ont été très riches et chacun des participants en a retiré un grand profit, par les connaissances acquises, l’intérêt suscité pour la démarche, la compréhension des enjeux techniques et le partage d’expérience !
Cette journée technique a mis en lumière les raisons pour lesquelles une partie des bandes fleuries semées n’a pas donné les résultats espérés, et les leviers de réussite qui permettront d’y arriver lors de prochains essais.
Cela a également permis d’identifier les marges de progression dans le choix des espèces pour améliorer le rôle de régulation biologique de ces bandes, et dans le positionnement de ces bandes sur le territoire par rapport aux autres éléments du paysage pour les rendre le plus efficaces possibles.
Le retour d’expérience du projet R2D2/ CONCERTO porté par Terres Inovia avec un groupe d’agriculteurs en Bourgogne est riche d’enseignements et témoigne de l’efficacité de bandes fleuries bien conçues et bien gérées dans la régulation des ravageurs, permettant l’atteinte de bons rendements sur colza sans utilisation d’insecticides.
Quelques enseignements :
Sur la régulation biologique naturelle
- Dans la famille des insectes auxiliaires de cultures, les plus efficaces sont les staphillins et les hyménoptères parasitoïdes ;
- Les infrastructures autour des parcelles telles que les haies et les bandes fleuries participent à maintenir les insectes parasitoïdes qui contrôlent les ravageurs de cultures.
— > A l’échelle du territoire il faudrait en moyenne tous les 250 m, des éléments fixes du paysage tels que des haies, des bandes de fleurs, des jachères, des lisières de bois avec différentes strates etc, pour permettre aux parasitoïdes de survivre et augmenter ainsi le potentiel de régulation naturelle des insectes ravageurs.
En effet, les taux de parasitisme sont très faibles aujourd’hui car la simplification du paysage ne permet pas de fournir assez d’abris et de nourriture pour accueillir beaucoup de parasitoides.
Il faut donc essayer de faire la connectique entre les éléments fixes du paysage pour maintenir les auxiliaires !
- Les ravageurs sont plus ubiquistes que les auxiliaires, qui sont plus fragiles.
Exemple : Un parasitoide vole jusqu’à 250 mètre environ, tandis qu’une grosse altise (ravageur du colza) peut aller jusqu’à 4 km à la ronde !
- Ce n’est pas tant la largeur de la bande qui a un impact que la représentativité de ces espaces sur le territoire : mieux vaut 4 bandes de 1,8 m tous les 250 mètres qu’une grande parcelle isolée ; une bande tous les 3 passages de pulvé vaut mieux qu’une bande de 6 m sur champ de 25 ha.
Sur les semis de bandes fleuries
- Les bandes de fleurs ne risquent pas de lever dans des endroits où des cultures classiques lèvent mal : elles sont plus fragiles ! Il faut choisir un endroit adapté : pas trop à l’ombre, sol non hydromorphe...
- Une préparation très fine du sol est nécessaire car beaucoup de petites graines dans les mélanges - surtout pas de semis direct !
- Le semis se fait de façon superficielle à 1/2 cm de profondeur, sur sol très fin, avec coup de rouleau sur sol argilo-calcaire (pas de rouleau sur sol limoneux)
Concernant la période de semis, les avis diffèrent : en général il est conseillé des semis d’automne. Cependant, MLickaël a constaté avec son groupe d’agriculteurs en Saône et Loire que les semis de printemps étaient plus intéressants chez eux car le sol se réchauffe vite et les fleurs poussent bien, contrairement aux semis d’automne où les graminées sortent les premières en fin d’hiver, étouffant les espèces à fleurs.
Sur les mélanges d’espèces à semer
- Il faut limiter le nombre de graminées semées car elles ont tendance à prendre la place des autres espèces et sont déjà bien présentes dans le sol, surtout pour les bandes semées dans d’anciennes bandes enherbées.
— > Mickaël préconise 50-80 pieds de graminées au m² maximum, et de privilégier les légumineuses pour assurer une couverture du sol.
- Ajouter du trèfle blanc car il fleurit tôt (février-mars), et donc ressource nectarifère pour les parasitoïdes qui vont sortir à ce moment là.
- Carotte sauvage et fenouil : espèces très intéressantes pour les parasitoïdes car corolles très ouvertes, et les parasitoïdes ont des organes buccaux très courts. Avantage que c’est pluriannuel donc se maintient bien.
- Achillée, souci, centaurée : espèces intéressantes mais cout de semences élevé et toutes petites graines.
- Vesces et féveroles : espèces intéressantes car nectars extra-floraux à l’aisselle des feuilles, qui attirent les parasitoïdes quand les ravageurs sont sur la plante. 4-5 pieds au m², puis export.
- Dactyle : 1kg
- Phacélie : un peu mais pas trop car c’est une espèce qui attire beaucoup les abeilles, qui ont tendance à "faire le ménage" autour d’elles parmi les autres insectes ;
Sur la gestion des bandes fleuries
On a beau avoir le meilleur mélange de graines, s’il n’est pas bien géré comme il faut, il ne reste que des graminées à la fin.
- En laissant la matière broyée/fauchée sur place, on enrichit le sol en azote, ce qui favorise les graminées et non les fleurs dicotylédones
—> La biomasse d’une bande fleurie représente 20 à 50 unités d’azote...
—> L’idéal est de faucher et exporter la matière. - Bien veiller à mettre les disques de bordure quand l’agriculteur fertilise la parcelle à côté de la bande fleurie, pour éviter d’enrichir en azote la bande !
N.B : Les bandes fleuries visitées lors de la journée étaient très riches en graminées : l’historique de la parcelle joue beaucoup. Les reliquats azotés présents dans les parcelles semées ont clairement favorisé les graminées du mélange.
- Compromis de gestion :
— > Si pas d’export possible, mieux vaut broyer que faucher car la matière se décomposera plus vite.
— > Si export possible, privilégier la fauche qui préserve mieux les insectes.
Que faire de la matière exportée ?
- Faucher puis écarter la matière sur les côtés de la bande avec un endaineur à soleils
- Récupérer la matière avec un caisson derrière le tracteur qui broie, et l’épandre ou stocker en fond de champ
- Utiliser une faucheuse chargeuse
- Faire une botte enrubannée à place comme "anti-dépots sauvages"
Durée de vie des bandes
Mickaël laisse les bandes 3 ans max pour éviter les problèmes de vivaces qui s’installent et prennent la place : rumex, chardons, …
Le projet R2D2 / CONCERTO
Ce projet accompagné par Terres Inovia en Saône et Loire est parti du constat en 2018 que les agriculteurs se trouvaient dans des impasses techniques pour la maîtrise des dégâts d’insectes d’automne du colza (altises d’hiver, charançons du bourgeon terminal), qui ont développé des résistances très importantes aux insecticides pyréthrinoïdes. ne pouvaient plus cultiver de colza sur la zone à cause des ravageurs et de l’impasse technique niveau insecticide.
L’enjeu était donc de trouver des solutions pour retrouver des niveaux de production et de rentabilité élevés sur cette culture importante pour eux.
Mickaël s’est mis à travailler avec un groupe de 11 exploitations sur 1000 ha, pour mettre en oeuvre une stratégie préventive à l’échelle du territoire combinant l’agronomie aux principes de la lutte biologique par conservation. L’objectif étant de favoriser les auxiliaires et défavoriser les ravageurs, et le constat étant que les pullulations d’insectes ravageurs viennent du fait qu’il n’y a plus assez d’abris /refuges pour les auxiliaires.
La stratégie développée pour arriver à un IFT insecticides de zéro en colza et de bons rendements, combinait plusieurs leviers agronomiques :
- Renforcer le contrôle biologique avec des bandes de fleurs : 8 ha ont été semés en 2019
- Augmenter la ressource sur le territoire avec des plantes attractives pour piéger une partie des altises dans des couverts d’interculture
- Colza robuste : semis précoce, association féverole, fertilisation au semis...
Grâce à cette stratégie, les rendements de colza ont augmenté, et les IFT insecticides ont baissé, atteignant des niveaux inférieurs aux meilleures références des fermes DEPHY. Le taux de parasitisme est monté à 25-30%, contre 8-12% auparavant.
Les agriculteurs se sont organisés pour gérer les bandes fleuries avec du matériel adapté permettant d’exporter la matière.
Au départ ils ont trouvé un outil qui permet de faucher et récupérer la matière en un seul passage, puis ils ont investi dans une faucheuse à section avec remorque derrière, trouvée en occasion sur Agri-affaires.
Un seul agriculteur fait l’entretien pour l’ensemble du groupe, rémunéré au coût/ha.
Le projet bénéficie de financements privés pour aider les exploitations et l’animation.
En 2026, le projet Concerto vise 20 ha de bandes pour 10 exploitations, sur une zone de 1000 ha.

