Le sol au service de la qualité de l’eau

Lutter contre l’érosion n’est pas seulement un enjeu limiter les phénomènes de coulées de boue lors des épisodes pluvieux. Il s’agit également d’un facteur de pollution majeur pour les eaux.

La qualité de l’eau quels enjeux et dispositifs ?

Les débats autour de la qualité de l’eau et de l’agriculture cristallisent les différends entre agriculteurs, citoyens et agences d’état.

Les principales sources de pollution ciblées par les pouvoirs publics sont les pesticides et les nitrates qui s’installent durablement dans les nappes et les eaux de surfaces, et affectent la santé humaine. On note des décalages important à la norme sanitaire dans le cas des eaux de surfaces pour les pesticides et dans les eaux souterraines pour les nitrates dans plusieurs études réalisées par les agences et offices de l’eau.



Les démarches en faveur de la qualité de l’eau se sont multipliées au cours du XXème siècle avec des approches normatives variées. Parmi ces approches on peut noter celles :

  • des obligations de moyens, qui imposent des techniques et méthodes aux opérateurs
  • des obligations de résultats qui laissent libre choix aux moyens mais imposent un résultat aux producteurs.

En agriculture, deux exemples concrets ressortent.

La directive nitrates, adoptée en 1991, a pour objectifs de réduire la pollution des eaux par les nitrates et l’eutrophisation issus des activités agricole, et de prévenir l’extension de ces pollutions. Elle encadre ainsi, sur des zones dites vulnérables, la fertilisation azotée, organique et minérale, des exploitations et impose des mises aux normes, extrêmement coûteuses, notamment en matière de stockage des effluents.

Le plan ECOPHYTO, lancé en 2008, impulse une dynamique autour de la réduction des pesticides, et a pour objectif une prévention active des pollutions diffuses d’origines agricoles : nitrates et pesticides. Ce plan combine des réglementations et des actions incitatives pour changer les pratiques en faveur d’un usage moindre des phytos. Le dispositif est complexe et se base sur l’animation de groupes de producteurs et la formation pour favoriser l’adoption de nouvelles pratiques.

Ces démarches ont jusqu’à ce jour montré des résultats mais également des limites. Elles n’ont, en effet, pas réussi à atteindre les objectifs fixés initialement malgré les efforts et les investissements massifs pour faire vivre les dispositifs. Par exemple, on observe au global une utilisation relativement stable des produits phytosanitaires sur la durée et on constate même, dans certaines zones, une hausse significative de la présence des pesticides dans les cours d’eau.

Pollutions par les nitrates et pesticides issus de leur utilisation mais … favorisées par l’érosion des sols et le manque de matière organique

L’un des leviers importants dans la lutte contre la pollution des eaux de surface est la gestion des sols et leur préservation. Ce levier est pourtant peu mis en lumière comme moyen efficace de diminution des pollutions diffuses d’origines agricoles.

Effet sur les eaux souterraines

Le sol est connu pour son effet “épurateur” de l’eau. Les colloïdes (argiles et matières organiques) et les chélates sont à même de limiter la dispersion de polluants divers dans l’eau de drainage. Ces éléments peuvent ainsi être biodégradés par l’activité biologique, ou stockés durant de longues périodes. Le sol a donc un rôle essentiel dans le maintien d’une eau souterraine de bonne qualité en agissant comme un filtre naturel efficace.

Effet sur les eaux de surface

Nous connaissons bien le phénomène de lixiviation des engrais et des pesticides dans les eaux de surfaces par ruissellement. Ce phénomène est important pour les éléments mobiles et peu retenus par les argiles et les matières organiques comme les nitrates par exemple. Mais nous sous-estimons l’effet de l’érosion qui, tout en augmentant la turbidité de l’eau, va favoriser un transfert massif et définitif des polluants retenus par le sol, provoquant une pollution du milieux et une perte de fertilité définitive pour l’agriculteur. Ce phénomène est donc une double perte, de qualité de l’eau et de potentiel de production pour l’agriculteur.

Les régions pouvant souffrir d’érosion sont connues, et la bibliographie rejoint les conclusions récentes de l’INRA à ce sujet. Sur notre territoire, comme en Vallée du Rhône, il est indispensable de travailler sur ce levier pour protéger les eaux de surfaces. La solution est alors de couvrir les sols au maximum dans le temps et l’espace (ex. prairies permanentes, couverts d’interculture, semis direct sous couvert végétal, agroforesterie).

Pour les agriculteurs, il est encore temps de s’engager dans la lutte contre l’érosion au travers du PAEC de l’agglomération lyonnaise car celle-ci est maintenue en 2019.

Pour plus d’information, vous pouvez contacter Mathieu Novel de la chambre d’agriculture par téléphone (04.78.19.62.26) ou par mail mathieu.novel@rhone.chambagri.fr